Italie : un Italien d’origine sénégalaise prend des collégiens en otage

Le drame migratoire a pris une tournure digne d’un film d’action, avec une prise d’otages réalisée par un Italien d’origine sénégalaise. Ousseynou Sy (c’est son nom, NDLR) aurait agi sous le poids du désespoir et de l’amertume. Les détails dans les lignes qui suivent.

Ce mercredi à Milan (nord), la police italienne est intervenue pour sortir 51 collégiens de l’emprise d’Ousseynou Sy, chauffeur de bus habituellement sans histoire et âgé de 47 ans. Face à la presse, Francesco Greco, le procureur de Milan, s’est exprimé en ces termes : “C’est un miracle, cela aurait pu être un carnage. Les carabiniers ont été exceptionnels pour bloquer le bus et faire sortir tous les enfants.”

Quant à Sy, il est en état d’arrestation pour “prise d’otages, massacre et incendie” avec la circonstance aggravante de “terrorisme”. Pour sa part, son avocat a fait savoir que lors de son interrogatoire, M. Sy a affirmé qu’il “voulait faire un geste éclatant pour attirer l’attention sur les conséquences des politiques migratoires”.

Il nous menaçait, disait que si nous bougions, il verserait l’essence et allumerait le feu.

D’après les premiers éléments de l’enquête, Ousseynou Sy aurait agi seul, loin de toute organisation terroriste ou djihadiste. Selon les propos d’Alberto Nobili, le chef de la cellule anti-terrorisme de Milan qui s’exprimait lors d’une conférence de presse, il “a agi comme un loup solitaire”. Et M. Nobili d’ajouter que le geste de Sy était “prémédités” depuis plusieurs jours et qu’“il voulait que le monde entier puisse parler de son histoire”.
Contre les souffrances infligées à l’Afrique par l’Occident

Cette affirmation pourrait en effet prendre racine, si l’on s’en tient à une vidéo postée sur YouTube par l’intéressé. Dans cette vidéo, l’on peut voir Ousseynou Sy expliquer son geste, prononçant par la même occasion les mots ‘‘Afrique, soulève-toi !’‘. Il s’adressait ainsi aux migrants de Crema (commune italienne de la province de Crémone, dans la région de Lombardie, non loin de Milan, NDLR), mais aussi aux Sénégalais basés au pays. L’homme, qui était mariée à une Italienne, est actuellement divorcé et père de deux adolescents.

C’est à l’occasion d’une sortie d‘élèves que la prise d’otages a eu lieu. Les 51 élèves d’un collège de Crema et leurs trois accompagnateurs, qui voyageaient dans l’optique d’une sortie sportive, ont vu leur bus changer brusquement de direction pour prendre le chemin de l’aéroport de Linate. Leur calvaire a duré une quarantaine de minutes.

D’après plusieurs parmi les collégiens pris en otage, Ousseynou Sy leur aurait lancé un “Personne ne sortira d’ici vivant !”. “J’ai perdu trois enfants en mer”, voici ce qu’aurait dit (entre autres) le chauffeur de bus, selon un adolescent qui a fait partie des otages. Le témoignage de ce dernier a largement été diffusé sur la toile et les médias italiens.

Comme armes, l’homme était équipé d’un bidon d’essence, d’un briquet, mais aussi d’un pistolet et d’un couteau, selon les otages. Après avoir confisqué les téléphones portables des adolescents, il a ordonné aux accompagnateurs de les ligoter avec du fil électrique.
Des otages menacés avec de l’essence

Une des otages, une jeune fille, raconte : “Il nous menaçait, disait que si nous bougions, il verserait l’essence et allumerait le feu. Il n’arrêtait pas de dire qu’il y avait tant de personnes en Afrique qui continuaient à mourir et que c‘était la faute de (Luigi) Di Maio et (Matteo) Salvini (les deux vice-Premiers ministres italiens et hommes forts du pays, NDLR)’‘.

La même jeune fille ajoute que Sy “se retournait et versait de l’essence par terre” et qu’il a aussi brandi “un pistolet et un couteau. Puis les carabiniers sont arrivés et nous ont sauvés”.

C’est un adolescent de 13 ans qui a eu l’idée de prendre le téléphone portable de l’un de ses camarades d‘école. L’appareil, qui était par terre, a été récupéré par le collégien, qui a donné l’alerte. “Je me suis un peu fait mal aux mains pour le récupérer et j’ai pu prévenir les carabiniers et la police. Nous étions tous effrayés”, a-t-il expliqué devant une caméra.

“Les enfants frappaient sur les vitres, appelaient à l’aide”, a affirmé Roberto Manucci, l’un des six carabiniers qui sont intervenus sur les lieux.

Ousseyanou Sy avait réussi à forcer un premier barrage de police tenu par deux véhicules. Finalement, il s’est fait coincer par un deuxième barrage de trois voitures de police.

Selon les informations qui nous sont parvenues, Sy, face aux carabinières, a mis le feu au bus avec à l’intérieur les 51 collégiens et leurs trois accompagnateurs. Les policiers ont brisé les vitres arrières du bus, faisant ainsi sortir les otages qui, pour la plupart d’entre eux, pleuraient et criaient.
La menace du retrait de sa nationalité italienne

Douze d’entre les adolescents, ainsi que deux des accompagnateurs, ont été conduits à l’hôpital pour avoir inhalé de la fumée. Selon le ministère italien de l’Intérieur qui s’est exprimé dans un communiqué, Ousseynou Sy aurait des antécédents de conduite en état d’ivresse et d’agression sexuelle sur mineur.

Les faits, ajoutés à ses antécédents, pourraient conduire à un retrait de sa nationalité italienne. En effet, des sources ministérielles évoquant le décret-loi du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini (de l’extrême droite, NDLR) sur la sécurité et l’immigration, font savoir que “Le ministère est à l‘œuvre pour vérifier la possibilité de retirer la citoyenneté italienne au Sénégalais”.

Matteo Salvini, qui ne cache pas sa satisfaction quant à sa politique migratoire rigide, s’exprimait ce même mercredi face aux sénateurs. Il leur a fait entendre que sa politique a permis de sauver “des milliers de vies” et s’est targué d’un slogan qui laisse sans voix les plus sceptiques : “Moins de départs, moins d’arrivées, moins de morts.’‘

Quant au nombre de migrants morts en mer depuis le début de cette année, Salvini est aux antipodes des chiffres fournis par l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). Tandis que cette dernière parle de 152 morts et disparus en Méditerranée centrale, le ministre issu de l’extrême droite évoque… “un mort récupéré en mer”.
Africanews

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