GESTION DES TOILETTES PUBLIQUES : Un métier noble mais mal perçu

Une personne a, au moins une fois dans sa vie, utilisé les toilettes publiques. La propreté de ces lieux longtemps décriée, des gérants ont été choisis pour gérer l’hygiène et la propreté afin de permettre une bonne utilisation et minimiser les risques de contracter une maladie. Les gares routières des villes étant des lieux où ces sanitaires sont plus fréquentés, Refletafrique.net est allé à la rencontre du gérant des toilettes publiques de la gare routière de Ouagadougou pour mieux cerner ce métier qui semble noble mais mal perçu par des citoyens.

Gare routière de Ouagadougou, 12h30. Des véhicules de transports des personnes stationnés le moteur en marche pour les uns et éteint pour les autres. Des apprentis convoyeurs se disputent les clients à l’entrée de la gare. Vous allez où ? A Manga ? À Dakola ? Venez par-là, madame. Un peu plus loin, se trouve un lieu où les personnes de presque tous les âges font des va-et-vient, bouilloire à la main gauche. Nous sommes à un endroit banal des lieux mais le plus important de la gare. Les toilettes publiques, couramment appelées les WC (Water-closet) en anglais. Un lieu qui ne se désemplit pas. Le soleil ardent de ce vendredi 17 mai est au zénith.

À ce grand jour de prière pour les musulmans, toute la trentaine de bouilloires et la dizaine de seaux que disposent le service de Jean Sakougri, sont toutes occupées. De nombreux clients selon le sexe attendent chacun dans son compartiment et prennent immédiatement les bouilloires des mains de ceux ayant fini de faire leurs besoins ou leurs ablutions. Ces latrines publiques de la gare routière de Ouagadougou sont gérées par Jean Sakougri.

Jean Sakougri, est un jeune homme d’une quarantaine d’année, qui s’investit avec passion depuis des années, dans ce métier. C’est un emploi qu’il a hérité de son père, qui est frappé par le poids de l’âge. Pour lui, les gens reconnaissent leur importance lorsqu’ils ont envie de se soulager. Certaines personnes reconnaissent la noblesse de leur métier, d’autres parfois se méconduisent avec eux, car elles estiment peut-être que c’est le dernier des métiers. Pourtant c’est un boulot comme les autres, qui leur permet de s’occuper de leur famille et même d’employer d’autres personnes, selon Jean Sakougri.

Le gestionnaire des latrines publiques de la gare routière de Ouagadougou, associe d’autres services à celui de base, pour plus de rentabilité. « Ici, il y a plusieurs services qu’on offre aux utilisateurs. Au-delà de se soulager, nous avons de l’eau et des seaux, pour ceux qui veulent se doucher, et faire leurs ablutions. Pour se doucher, il faut débourser 150 F et 50F pour les ablutions. Ceux qui veulent déféquer payent 50 F et 25 F pour ceux qui font pipi ». C’est un travail qui permet parallèlement à d’autres personnes de vivre : « Nous consommons dix à douze barriques d’eau par jour. La barrique d’eau nous coûte 500F. Et cette eau, c’est un jeune qui nous la livre. Faites un peu les calculs et vous comprendrez combien à travers mon activité, ce jeune gagne par mois », nous explique le gérant des lieux.

C’est un travail dégradant aux yeux de certains citoyens mais pour Sakougri, il n’y a pas de sot métier, surtout que le sien lui permet de bien joindre les deux bouts. « Je peux avoir Quinze à Vingt mille franc CFA (15 000 à 20 000 F) par jour, même si la fourchette bascule quelques fois. Je suis parfois débordé par la clientèle. Ce qui m’a amené à demander les services de Lookman que vous voyez. Je lui donne vingt mille franc comme Salaire à la fin du mois et mille francs (1 000 F) à la descente. Mais comme c’est lui qui gère, il puise dans la recette du jour pour se restaurer à midi ».

Les clients satisfaits des services de Sakougri

Fati Zoungrana apprécie bien l’hygiène des toilettes publiques de la gare routière de Ouagadougou gérée par Jean Sakougri. Ces toilettes, je les utilise presque tous les jours. Le problème, c’est entre nous les utilisateurs dont certains de mauvaise foi, pensent qu’après eux, c’est la fin du monde. Elle regrette le fait que les toilettes publiques de la gare, bien qu’il y ait pour les hommes et les Dames à part, ne soient pas conçues en tenant compte des besoins de la femme. « Des hommes peuvent se soulager débout, ce qui n’est pas le cas chez nous. La commune aurait dû aménager ces toilettes en tenant compte de nous. Nous n’avons pas les mêmes intimités avec les hommes », a-t-elle précisé. Konombo Rayelwendé, lui, trouve les lieux propres et demande à la mairie de veiller à ce que la propreté dans toutes les toilettes publiques soit bien gérée.

Les difficultés dans la gestion des toilettes publiques

La gestion des latrines publiques est émaillée de difficultés. « Il faut être une personne à la colère lente ou sans colère pour y réussir », nous dit Jean Sakougri. La première difficulté selon lui, c’est la mauvaise utilisation des cabinets. « Ce qui nous fatigue, ce sont les gens qui ne savent pas utiliser les toilettes. Ils voient le trou bien large et font leurs besoins à côté. Ils n’ont pas pitié de nous qui les entretenons. L’on se demande parfois comment certaines personnes se débrouillent chez eux », s’interroge Sakougri. Le second problème qui taraude l’esprit du gérant, ce sont les frais de location que la mairie va lui imposer.

L’ancienne gare étant en travaux de réaménagement, la commune a aménagé une nouvelle gare provisoire en attendant la fin des travaux. « Je ne sais pas pour l’instant, la somme que la commune me demandera de payer. Avant, je payais 25 000 FCFA par mois ». La dernière difficulté selon le gestionnaire, ce sont les usagers qui n’ont jamais la monnaie. « Ceux qui comprennent l’utilité de ce que nous faisons, donnent plus que la somme demandée après avoir fait leur besoin. Par contre, il y a des gens qui n’ont jamais la monnaie. Comment tu peux te soulager à 25F ; 50F et donner 10 000F ? C’est pour ne jamais payer  », a-t-il déploré avant d’ajouter que c’est lui qui fait la vidange et paye la location.

Selon Jean Sakougri, contrairement à ce qu’on pourrait penser, les femmes sont les plus compliquées à gérer et salissent plus les toilettes que les hommes. Et chaque fois, elles ne cessent de se plaindre.

Quant à l’hygiène des lieux, Sakougri dit y accorder un grand intérêt. Les toilettes sont nettoyées trois fois par jour, soit très tôt le matin, à 12 heures et à 15 heures. « Mais nous faisons immédiatement le nettoyage après chaque mauvaise utilisation. Les bouilloires sont lavées les matins avec du savon et de l’eau de javel », nous dit le gérant, mais l’aspect desdites bouilloire ne le prouve pas vraiment.

KS/Refletafrique.net

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