Étienne Tshisekedi, le "sphinx de Limete"

Etienne Tshisekedi est mort d’une embolie pulmonaire dans une clinique bruxelloise, à l’âge de 84 ans, sans parvenir à voir ses rêves politiques se concrétiser. Le vieil homme, affaibli par la maladie, a tiré sa révérence. Il a finalement été inhumé le samedi 01 juin 2019, sur la terre de ses ancêtres deux ans après sa disparition à la faveur de l’arrivée récente au pouvoir de son fils Félix Tshisekedi.
Portrait de l’homme qui faisait trembler le sommet de l’Etat congolais.

Usé mais infatigable, Etienne Tshisekedi a toujours rêvé d’associer à sa figure, cette alternance politique pacifique que la République démocratique du Congo n’a jamais connu depuis son indépendance de la Belgique... sans jamais voir son rêve exaucé. A plusieurs reprises, il a tenté de se faire porter sur le fauteuil du Palais de la Nation à Kinshasa pour régner sur le plus grand pays francophone d’Afrique, en vain.

La naissance d’un mythe

Alors pour cultiver le mythe, l’opposant se taille un costume d’opposant dans l’étoffe dans la persévérance, l’endurance et l’habileté dans le marigot politique congolais infesté de caïmans qui dévorent par ambition, cupidité ou goût du pouvoir ceux qui veulent traverser le fleuve politique.

Pour galvaniser ses partisans qui attendaient toujours son heure arriver, le vieil homme se fait appeler très respectueusement « président ». Un prédicat certes honorifique et officieux mais qui entretient la flamme de l’espoir de le voir accéder, un jour à son rêve, leur rêve. Que vous reste-t-il sinon des rêves lorsque tout semble vous avoir été arraché ?

Né Étienne Tshisekedi wa Mulumba, le 14 décembre 1932 à Luluabourg (actuel Kananga) dans le Kasaï en pleine colonisation belge, l’homme construit son mythe dès les premières années d’indépendance. En 1961, il a 29 ans lorsqu’il rentre dans l’histoire de la RDC en devenant le premier doctorant en droit l’Université Lovanium de Kinshasa et du pays nouvellement indépendant. Le mythe est assis sur de solides piliers.

Collaboration puis divorce avec le régime mobutiste

Un an avant ce fait d’armes, le jeune Etienne « pactise » avec le régime mobutiste qu’il accueille les bras ouverts en entrant au collège des Commissaires généraux, sorte de gouvernement provisoire mis en place par Joseph-Désiré Mobutu après son coup d’Etat de juillet 1960 suite aux divisions qui minaient le régime parlementaire de ce début d’indépendance. Les premiers débuts en politique de l’enfant du Kasaï, province du centre de cet immense pays au cœur de l’Afrique centrale.

D’abord recteur de l’École nationale de droit et d’administration (ENDA) pendant cinq ans, Etienne Tshisekedi entre dans le gouvernement Mobutu et occupe le ministère de l’Intérieur et des Affaires coutumières en 1965. Mobutiste convaincu, il participe à la rédaction de la constitution congolaise de 1967 puis du Manifeste de la Nsele, document idéologique qui acte la naissance du Mouvement populaire de la Révolution qui deviendra parti unique après un amendement en 1970.

Son armure d’opposant, Etienne Tshisekedi ne l’enfile qu’en 1980, lorsque qu’il doit essuyer les premiers coups politiques. Cette année-là, le trouvant trop ambitieux, Mobutu l’évince de la succession au perchoir de l’Assemblée nationale. En décembre de cette même année, il signe « la lettre des 13 parlementaires », une violente diatribe à l’encontre du régime.

L’ADN d’éternel opposant

Deux ans plus tard, Etienne Tshisekedi crée l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), nouvelle formation politique qui subit les soubresauts de la politique répressive de Mobutu. Traqué, fiché, recherché et finalement emprisonné. Mais, c’est par la grande porte qu’il revient.

Au début des années 1990, le Zaïre patauge dans l’instabilité politique avec une soudaine montée de la colère dans les rues. Une grogne sociale qui ne s’apaisera qu’après la convocation de la Conférence nationale souveraine, une espèce d’Assises nationales destinées à redresser le pays.

Au sortir des tractations, Etienne Tshisekedi devient premier ministre (après l’avoir été brièvement en 1991) de Mobutu en 1992, puis il est destitué un an plus tard. La primature, il y revient en 1997 au crépuscule du régime lorsque les forces de Laurent Kabila reversent le maréchal-président, malade, affaibli et usé par le pouvoir.

Une santé déclinante

Commence alors pour Etienne Tshisekedi, une nouvelle forme d’opposition, plus virulente, faite de coups bas, de sournoiseries et de trahisons. D’abord contre Laurent Kabila président de 1997 à son assassinat en 2001. Ensuite contre son fils, Joseph Kabila, qui prend la succession de son père. Il y a de quoi être usé mais le « Sphynx de Limeté » comme on le surnomme ne s’épuise pas, au contraire, il se renforce.

Plusieurs fois, il aura fait tanguer le sommet de l’Etat congolais sans jamais réussir à tourner la situation à son avantage. Episode le plus proche de le parachuter sur le fauteuil du Palais de la Nation, l’élection président de 2011. A la suite d’un scrutin décrié dans lequel Joseph Kabila est déclaré vainqueur, Etienne Tshisekedi est rouge de colère.

Il se retranche dans sa résidence de Limeté, conteste les résultats, s’autoproclame président et se permet même de prêter serment avant de former une artificielle Majorité présidentielle populaire avec des partis d’opposition. Dans l’âme, la déception de ne pas voir les vents le porter, dans le corps une maladie qui l’obligent à de fréquents séjours médicaux puis à un exil médical de deux ans (2014-2016) en Belgique.

Le vieil homme, affaibli par l’âge (84 ans) autant que par la maladie et les luttes, est approché pour booster la contestation continue, née depuis le début du second mandat de Joseph Kabila dont on dit qu’il s’apprêterait à effectuer un glissement politique. Le pouvoir le courtise pour calmer la contestation en lui envoyant Edem Kodjo qui négocie secrètement son retour au pays pour participer au dialogue national d’’un Kabila fils en fin de mandat.

Le dernier baroud d’honneur

A la surprise générale, il accepte de revenir au pays sans intention de participer à ce dialogue. Signe de la vigueur de sa popularité, le « Sphynx » est accueilli en juillet 2016 par des dizaines de milliers de partisans pour son retour au pays. Les jeunes voyaient en lui, une alternative pour faire partir Kabila fils. Lui décide de ne pas participer aux Assises de la cité de l’Union africaine sous l’égide d’Edem Kodjo.
C’est finalement la Conférence épiscopale nationale de l’Eglise du Congo (Cenco) réussira à faire venir le vieux sage à la table des négociations. L’opposant historique y mène son dernier baroud d’honneur face à un Kabila déterminé à conserver son fauteuil en jouant la montre et les divisions internes mais aussi en tisonnant les ambitions. Il réussit à arracher la présidence du Conseil national de suivi de la transition devant mener aux élections de 2017.

Lorsqu’il prend ce jet privé le 24 janvier dernier à Kinshasa pour un nouveau « check-up médical » à Bruxelles, comme tentaient de rassurer ses proches, le « Sphynx » ne sait pas encore qu’il ne reverrait pas de son vivant, son bercail. Il s’est éteint, le 1er février 2017 aux cliniques de l’Europe-Sainte Élisabeth.

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