Dialogue politique : les intérêts des politiques ne viennent pas avant ceux du peuple

Du 15 au 22 juillet 2019, les partis politiques affiliés au chef de file de l’opposition politique du Burkina (CFOP/BF) ont tenu des discussions avec l’alliance des partis et formations politiques de la majorité présidentielle (APMP) dans le cadre d’un dialogue politique initié par le président Roch Kaboré. Le Burkina traverse un contexte difficile de sont histoire. Confronté au terrorisme, aux conflits communautaires et aux déplacements massifs des populations depuis 2018, ce pays peine à se relever de cette situation malgré l’appuie militaire extérieur et la force du G5 Sahel. C’est la première fois que ce pays est confronté à un problème qui concerne sa survie nationale. Malgré l’état de dégradation de la situation dans plusieurs régions du pays depuis ces quartes dernières années, pour une fois que les principaux acteurs politiques se sont retrouvés dans un contexte ou le destin du pays est menacé, ceux-ci ont choisi de parler élections avant de d’effleurer les souffrances du peuple burkinabè. Le dialogue politique, par sa structure et son organisation montre que les intérêts de quelques politiques ont été placés au dessus des intérêts de la nation.

Dans les camps de déplacés situés dans les zones concernées par l’insécurité, l’office national d’identification (ONI) a organisé des campagnes d’établissements gratuits de la carte nationale d’identité burkinabè (CNIB). Une pièce privilégiée par l’enrôlement électoral ! Ces populations malheureuses sont confinées dans des camps sous protection militaire. Celles qui s’installent dans les grandes villes comme Ouagadougou, sont automatiquement redéployés dans ces différents camps.
A ce jour, on n’est pas loin du million de déplacés d’autant que ce phénomène s’étend dans d’autres zones qui n’étaient pas touchées par les attaques. C’est le cas de la région du Nahouri et du département de Pissila dans la région du Centre-Nord qui ont été la cible d’attaques dans ce mois de juillet. Ces déplacés internes représentent un potentiel électoral que l’opposition politique a exigé la prise en compte dans les élections de 2020. Dans ce dialogue politique, 50% des discussions ont concernées des questions électorales.

Le dialogue politique qu’il conviendrait mieux d’appeler négociations politiques est divisé en deux grands points. Le premier selon le rapport des discussions porte sur le code électoral et les élections de 2020 et un second point intitulé situation nationale dans lequel sont logés plus de cinq problèmes qui sont des préoccupations nationales. On peut citer entre autres, la question des attaques terroristes, l’organisation de la défense du territoire national, la question des déplacements massifs des populations touchées par l’insécurité, la question des conflits communautaires et des conflits fonciers.

Ces problèmes qui alimentent incessamment les pages sombres de l’actualité nationale en termes d’horreur et de violences entre fils et filles du même pays semblent être les cadets des soucis de certains hommes politiques du Burkina Faso. C’était les termes du vote des burkinabè de l’étranger, faut-il voter avec la carte consulaire oui ou non ? Quel document faut-il utiliser pour le vote ? Pourquoi doit-on voter dans les ambassades et consulats du Burkina dans les pays étrangers ? Les élections pourront-elles se tenir à bonne date ? Etc.

Et une fois que l’essentiel a été épuisé, place aux préoccupations mineures. Comment faire participer les déplacés aux élections de 2020 ?

C’était l’une des préoccupations majeures parmi les préoccupations mineures de l’opposition politique.
Si seulement celle-ci avait l’information que pendant même qu’elle posait le problème, des campagnes d’établissements gratuits de CNIB était en cours, elle se serait rendue à l’évidence de ce qui se trame. Mais non !
De son côté, l’opposition est composée de plusieurs partis politiques qui ont des doléances auprès des gouvernants. Chaque parti est donc venu avec sa doléance ou sa préoccupation essentielle afin qu’elle soit posée sur la table des négociations. D’autres sont venus plaider la cause du mentor de leur parti. C’est ainsi que le retour de Blaise Compaoré et l’évacuation de Djibril Bassolé pour des soins sanitaires à l’extérieur ont été mis sur la table. D’ailleurs, dans le rapport, ces différents points ont été cités.

Du côté de la majorité présidentielle, les objectifs ne semblent pas différer de celles de l’autre partie prenante à ce dialogue. Les élections de 2020 seront maintenues à bonne date et la carte consulaire n’est pas valide pour lesdites élections.
Zéphirin Diabré avouera quelques jours après le dialogue que la prise en compte de certains problèmes importants comme la question sécuritaire et autre ont été associés aux discussions sur insistance de l’opposition politique. De l’autre côté, c’était juste une formalité, un tour de cadrage et d’accord sur les termes des élections afin que celles-ci puissent se dérouler à l’unanimité des acteurs politiques impliqués.

Le grand bénéfice que le peuple peut tirer de ce dialogue politique, c’est une prise de conscience de ce qu’il représente aux yeux de ses dirigeants. Cela fait plus de quatre ans que le Burkina Faso s’effondre peu à peu sous le poids des attaques terroristes. Les populations les plus touchées ne savent plus donner de la tête et se déplacent en masse chaque jour. La seule bonne nouvelle qui les concerne par rapport au dialogue politique est loin d’être un outil utile dans l’immédiateté. C’est un cadre de réflexions des spécialistes des sciences humaines qui sera mis en place pour étudier la question pendant le temps nécessaire et livrer un rapport afin que celui-ci aboutisse à des actions concrètes sur le terrain. Pendant ce temps, que fait-on des déplacés ? Le dialogue politique ne le dit pas.

Zéphirin Diabré avait également confié que certaines propositions de solutions par rapport aux différents problèmes sont tenues dans le secret. Ce qui signifie que beaucoup de choses sont cachées au peuple. Cela ne saurait cependant justifier que la question du code électoral et des élections de 2020 soit placée au dessus de la sécurité des burkinabè.

Aussi, des sujets d’importance nationale n’ont pas été évoqués au cours du dialogue politique. C’est l’exemple de la question de la corruption dont l’ASCE/LC livre des rapports accablants chaque année sans qu’une action judiciaire forte ne soit engagée à l’encontre des suspects. Il y’a aussi la question de la réouverture des écoles fermées pour des raisons d’insécurité. Déjà, il est désormais impossible d’organiser des examens sur tout le territoire en même temps. Que deviendront tous ces élèves qui depuis deux ans n’ont plus accès à l’éducation scolaire ? Le dialogue n’en tiendra pas compte évidemment !

En gros, le Burkina est confronté à un réel problème de survie nationale. Une bonne partie du territoire national n’est pas sous le contrôle des autorités. Les attaques évoluent jusque dans les zones et les régions qui étaient jusque là épargnées.
Dans un pays dont l’existence est menacée, les questions électorales ne peuvent pas être la préoccupation essentielle des dirigeants et des acteurs politiques au grand dame des souffrances des peuples. Cela d’autant plus que les conditions sécuritaires actuelles ne se prêtent pas à la tenue d’un scrutin apaisé. Les intérêts des hommes politiques n’ont pas à venir non plus avant la survie de la nation.

KS/Refletafrique.net

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