Ethiopie : Décret d’un état d’urgence du gouvernement

Le gouvernement éthiopien a décrété ce vendredi 16 février 2018, l‘état d’urgence avec effet immédiat. La télévision publique a annoncé que cette action du gouvernement intervient au lendemain de la démission du Premier ministre Hailemariam Desalegn.

« Au terme d’une réunion du conseil des ministres ce jour, l‘état d’urgence a été décrété à compter de maintenant », a déclaré le présentateur du journal de la télévision publique EBC en lisant le communiqué du gouvernement. Le gouvernement, confronté à un mouvement de protestation inédit en 25 ans, avait déjà instauré un état d’urgence entre octobre 2016 et août 2017.

Selon le même communiqué gouvernemental, « afin d‘être en mesure de protéger le système constitutionnel, l’instauration de l‘état d’urgence est devenue nécessaire  ».

On ignorait vendredi soir pour combien de temps l‘état d’urgence était instauré et quelles étaient ses modalités précises. Mais, il devrait permettre au gouvernement de placer l’ensemble des forces de sécurité du pays, qu’elles soient fédérales ou dépendantes des Etats régionaux, sous un commandement unique.

Cette annonce intervient au lendemain de la démission surprise du Premier ministre Hailemariam, sous pression au sein de la coalition au pouvoir et emporté par une crise politique marquée par des manifestations antigouvernementales sans précédent, depuis un quart de siècle dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Le mouvement de protestation avait débuté fin 2015 en région oromo (sud et ouest), la plus importante ethnie du pays, puis s‘était étendu en 2016 à d’autres régions, dont celle des Amhara (nord). Cette protestation a fait au moins 940 morts, selon la Commission éthiopienne des droits de l’Homme, liée au gouvernement.

C’est avec l’instauration d’un état d’urgence entre octobre 2016 et août 2017 et au prix de milliers d’arrestations, qu’un calme relatif n‘était revenu.

Outre cette crise politique, le gouvernement fédéral a été confronté à des affrontements entre membres des ethnies oromo et somali. Ces affrontements ont fait un million de déplacés en 2017. Pour justifier l’instauration de l‘état d’urgence, le gouvernement a mis en avant le risque de nouveaux troubles de cette nature.

Selon M. Hailemariam, son départ anticipé devait permettre d’approfondir les réformes. Il trouve que l’instauration de l‘état d’urgence, laisse craindre aux plus pessimistes une reprise en main du régime par la vieille garde tigréenne issue de la rébellion ayant renversé le dictateur Mengistu Hailé Mariam en 1991.

Une des principales figures de l’opposition éthiopienne Merera Gudina, a rappelé vendredi, les enjeux de cette période troublée pour le régime. Selon lui, «  Ce que le peuple demande, c’est un changement fondamental  ».

Alice Suglimanie THIOMBIANO
Refletafrique.net

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