Guinée : Nouvelles manifestations à Conakry

A Conakry, la capitale de la Guinée, des manifestations ont éclaté dans plusieurs quartiers notamment dans le centre administratif. Ces manifestations se situent à deux niveaux. Au niveau de la politique, l’opposition avait appelé à une journée ville morte pour toujours contester les résultats des élections locales du 4 février. Côté social, les enseignants commencent leur 5e semaine de grève et réclament un réajustement de salaire.

Dans la matinée, de ce lundi, une épaisse fumée noire s’est dégagée des quartiers d’habitation de Kaloum, le centre-ville de Conakry. A Coronthie, Sandervalia ou Manquepas, la foule a brûlé des pneus et bloqué la circulation.

Pendant qu’un manifestant martelait, « c’est le ras-le-bol général », certains réclamaient une solution à la crise dans l’enseignement qui dure depuis un mois, et d’autres scandaient des slogans hostiles au gouvernement.

A Kaloum, dans le centre-ville, les abords de la présidence étaient quadrillés par les agents de sécurité et la garde présidentielle. Presque aucun véhicule n’était autorisé à circuler.

En banlieue, certaines zones habituellement calmes se sont également soulevées. A Dixinn, par exemple, certaines femmes en colère tenaient des barricades. Dans ce même endroit, un véhicule de reportage du groupe de presse Evasion a été calciné. Pendant les manifestations, des pierres étaient jetées autour des locaux de la radio espace FM.

Les organisations de la société civile, dans une déclaration, pointent du doigt l’escalade de violences verbales, ces derniers jours, dans les différentes assemblées de partis politiques qui ont « complexifié  » la crise.

Le gouvernement, par la voie de son porte-parole a reconnu que la tension est montée d’un cran ce lundi. Selon Damantang Albert Camara, «  c’est l’expression d’une demande sociale qui est forte. Nous sommes en plein plan national de développement économique et social, et un certain nombre d’actions en faveur des populations demandent un peu de temps. Malheureusement l’actualité nous montre qu’on n’a pas beaucoup de temps  ».

Pour lui, la priorité est désormais de « répondre aux revendications syndicales, de trouver un accord avec eux et ensuite de consolider les mécanismes de dialogue social de telle sorte qu’on ait plus recours à la violence et à la rue pour réclamer un certain nombre de choses  ». Il affirme que, « des efforts de reprise de contact sont en train d’être faits avec des propositions concrètes et nous avons espoir qu’elles aboutiront sur un accord. »

La journée d’hier était également une journée « ville morte » à l’appel de l’opposition, qui conteste toujours les résultats des élections locales. Une autre manifestation est prévue le 14 mars.

« Nous allons continuer de protester, nous ne pouvons pas abandonner cette lutte, parce que nous avons des preuves : des délibérations, des PV et tous les résultats qui sont issus véritablement des scrutins  », assure Aliou Bah, le porte-parole du Bloc libéral, un des partis de l’opposition guinéenne.

Pour lui, ces éléments prouvent «  la falsification des résultats avec la complicité de la CENI (Commission électorale, ndlr), des magistrats et des responsables de l’administration. (...) Mais malheureusement la CENI, qui est inféodée au parti au pouvoir et l’administration sont en train d’agir en faveur du parti au pouvoir pour nous contester cette légitimité-là ».

Il conclut que « ce qui est le plus choquant, c’est le fait que la justice, qui est une institution sensée être indépendante dans notre pays, ait carrément démissionné. Donc nous ne nous arrêterons pas et nous continuerons de manifester aussi longtemps que nous ne serons pas rétablis dans ce qui est notre droit : le droit d’avoir les voix qui nous ont été octroyées par nos compatriotes. »

Alice Suglimanie THIOMBIANO
Refletafrique.net

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